Amélie Poulain, ouais, et alors ?

8 juin 2011 § Poster un commentaire

« Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain » de Jean-Pierre Jeunet

Controverse, mélancolie, mi mineur & ambiançage du cerveau

Selon Kant, le beau est une catégorie universelle, et ce qui est beau l’est pour toujours et pour tous. L’art, ici le cinéma, nous a toujours montré qu’au lieu de rassembler, la beauté divise. L’appréciation du cinéma est bien loin d’être universelle. Le cas du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet sortit le 25 avril 2001 est un exemple des plus probants. En effet, au-delà de la simple divergence de goût cinématographique, le film, victime de son succès, a provoqué une réelle controverse.

Nous allons donc aborder ces deux points de vue avec, dans un premier temps le succès du film, en essayant de déchiffrer ce qui a provoqué un pareil engouement. Et, dans un second temps, la polémique qui est née quelques semaines après la sortie du film et quel en a été le propos.

Le fulgurant engouement qu’a suscité Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain vient de plusieurs critères, le premier d’entre eux étant le contexte audiovisuel et cinématographique.

Depuis le début des années 90, le cinéma d’auteur français n’a pas le vent en poupe. Un grand nombre des spectateurs lui reproche d’être trop lent, trop élitiste, et peu attirant : Alain Riou ouvre son article “Jean-Pierre Jeunet, le retour. Amélie jolie” par cette métaphore assez évocatrice pour définir le film de Jean-Pierre Jeunet “Qu’on imagine un livre brillamment illustré au milieu d’une bibliothèque de sciences morales et politiques”. Cela faisait bien longtemps que les critiques de cinéma et spectateurs français attendaient de leur cinéma quelque chose de rafraîchissant dans ce contexte cinématographique absolument morose, et le cinéma français n’en est pas l’unique cause. Comme l’indique Annie Coppermann ce film, qui donne une bouffée d’air au public français, vient d’un réalisateur français, Jean-Pierre Jeunet. C’est à dire qu’il ne s’agit ni d’un cinéma d’auteur français, ni d’une production hollywoodienne à gros budget, et que ce film arrive à plaire! Ces témoignages montrent bien, certes grossièrement, comment était perçu le cinéma en France à cette époque. Et là où Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain surprend encore plus, c’est parce que c’est un film qui plaît au public, sans pour autant appartenir à un genre comme l’indique Vincent Ostria “ça n’est ni une grosse comédie, ni un film d’action spectaculaire”. On est donc bien loin de La Vértié si je mens 2, film comique par excellence, exploité du 7 février au 17 avril 2001, et qui a rassemblé en France 7,8 millions de spectateurs.

Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain est donc une réelle surprise  par rapport au contexte cinématographique de 2001, et se démarque largement de tout ce qui est fait à cette époque-là par son ton et son esthétique  -à titre indicatif, le grand gagnant du festival de Cannes en 2001 est assez représentatif des tendances du moment, il s’agit de La Stanza del Figlio de Nanni Moretti, drame italien qui aborde d’une manière hyper-réaliste et épurée le deuil d’une famille.
Mais c’est aussi un événement remarquable par rapport à ce qu’il se faisait, à cette époque à la télévision, c’est à dire le début de la télé-réalité en France avec Loft Story. La télé-réalité est née dans les années 70 aux Etats-Unis. EN 1999, les Pays-Bas lancent l’émission Big Brother dont le principe est d’enfermer pendant trois mois un groupe de personnes dans une résidence, avec à la clef pour celui qui passera toutes les expulsions, une grosse somme d’argent. En 2001, Endemol France reprend le concept de Big Brother, et créé Loft Story diffusé sur M6.

Dans leurs formes, tout oppose Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain et le programme Loft Story. Le premier montre une France idyllique, sans voiture dans Paris, ni graffiti sur les murs, avec une histoire d’amour fabulisante. Le second, comme son nom l’indique, vend un monde bien réel. Les personnes ont des attitudes et un langage contemporains et agissent de manière pulsionnelle, bien loin des mics-macs amoureux d’Amélie Poulain.

Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain est donc un ovni audiovisuel, tant la TV des années 2000 n’est pas portée à diffuser de tels messages, comme l’indique le témoignage d’un internaute “Alors que la mode est à la déprime et à la sinistrose, dépeintes si tristement dans les médias, enfin un film qui se risque à dire que la vie est belle”
Après avoir analysé ce contexte si particulier à la sortie du film de Jean-Pierre Jeunet il est donc possible de comprendre la puissance d’un film illustrant le bonheur. En effet, ce que prônent avant tout les critiques à la sortie du film, c’est le sentiment de bonheur que procure Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain. Alain Riou emploiera “cette pilule du bonheur” dans son introduction, Jean-Pierre Dufreigne qualifera le film comme étant “un événement merveilleux dans le cinéma français” et Olivier de Bruyn se laissa aller avec “un chef-d’oeuvre aussi fantaisiste que touchant”.

Dans Le Monde, le même jour sortent deux articles sur le film de Jean-Pierre Jeunet. Le premier, d’un auteur non identifié qui a pleinement conscience des intentions de Jeunet vis-à-vis de son public “On aurait tort de mégoter : c’est un film fait pour rendre le spectateur heureux” et abonde dans son article d’éloges quant au talent du réalisateur à rendre son spectateur heureux.

Dans le second article, l’auteur est lui aussi sensible aux moments de bonheur qu’offre Jean-Pierre Jeunet, mais aborde la question avec un lexique très particulier, celui du complot, de l’embuscade  “Voici un piège. Avec des appâts tout autour, et, au milieu, une mécanique d’une précision infernale qui aspire ses victimes, les baigne dans une substance cinématographique émolliente jusqu’à obtenir une reddition totale : on est presque obligé de ressortir de la salle conquis par les charmes d’Amélie”. L’auteur, loin de faire l’anathème du film, explique brièvement qu’il est conscient du piège qu’on lui tend, mais que c’est un plaisir d’y tomber dedans. Jean-Pierre Jeunet donne le choix entre se laisser aller à un bonheur facile qu’il offre, ou rejeter cette part de bonheur. Si le spectateur accepte de prendre part à ce bonheur, il se retrouve alors dans un cercle vertueux car il s’autorise à se faire plaisir et ça n’en est que plus appréciable. D’autant que c’est un des principes du film, montrer à chacun qu’atteindre le bonheur est un processus des plus simple du moment que l’on s’y autorise.

En d’autres termes, Jean-Pierre Jeunet rend son spectateur heureux, et le flatte de s’autoriser un tel moment de bonheur.
De plus, la quasi-unanimité dans l’appréciation du film a appuyé ce sentiment de bonheur, car on était heureux à plusieurs, conditions socio-professionnelles confondues: “Et les spectateurs de se découvrir, pour une fois, des goûts communs avec les critiques professionnels”.  Et ce grâce à un astucieux mélange de culture populaire et d’une certaine sophistication. Oliver de Bruyn illustre extrêmement bien cette idée avec “Croisement improbable et euphorisant entre un cartoon de Tex Avery, une romance de Wong Kar-wai et une romance des années 30”. Les couleurs sépia, le montage précis, la minutie du décor sont là pour la sophistication. On ne peut être que éblouit de cette maîtrise complète que Jean-Pierre Jeunet a sur son oeuvre.

Ensuite, à mi-chemin entre l’intellectuel et le populaire, on trouve l’évocation des films du réalisme poétique français. Cette époque du cinéma français qu’on assimile aux années 30 – 40 et à des acteurs comme Jean Gabin ou Arletty, avait pour principe de présenter un monde foisonnant, souvent dans des hôtels ou des immeubles, où chaque personnage avait un forte caractère. Noël Tinazzi qualifie ces personnages de “cohorte de seconds rôles épatants qui rappellent le bon vieux temps du cinéma français avec ses “gueules”, ses fortes personnalités, et ses histoires à n’en plus finir qui rebondissent de l’une à l’autre”.

Jean-Pierre Jeunet dans une interview pour Libération explique qu’il est nostalgique de cette époque et par son film souhaite la faire resurgir et adapter notre Paris d’aujourd’hui pour cette occasion. Jean-Pierre Jeunet ne cherche pas pour autant à retranscrire cette époque dans son film, il en emprunte juste certains codes et ne se veut en aucun cas documentarisant.

 

En donnant à voir sa vision d’une France idéalisée, il véhicule une France de carte postale qui, en plus de ravir les français, fait fondre les étrangers qui ne demandent que ça, comme l’indique un article de L’Humanité du 25 avril 2001 “située dans un Montmartre de carte postale, et sans aucun doute destinée à séduire le public américain friand de pittoresque”. Le bistrot, l’épicerie, et la beauté de monuments de Paris, c’est généralement le genre de parcours que les touristes à Paris essaient de suivre. Jean-Pierre Jeunet l’a bien compris lorsqu’il a programmé une projection gratuite à Cannes, sur la plage, pendant le festival. A ce moment là de l’année, Cannes est plus que jamais gorgée de touristes qui ne demandent que ça, voir une France de carte postale condensée en un film.

Enfin, pour ajouter encore plus à l’aspect populaire du film, Amélie Poulain semble être directement sortie d’une bande dessinée, comme l’indiquent de nombreux journalistes notamment Noël Tinazzi dans le même article, tellement son personnage est bien dessiné.

Par sa nostalgie, Jean-Pierre Jeunet s’adresse à tous les autres nostalgiques, qui aiment à se remémorer les souvenirs de leur enfance “l’odeur de l’encre violette, renvoi à un passé fait de télévision en noir et blanc, de héros oubliés du Tour de France et de pavillons en meulière” , ces personnes qui sont bien souvent adeptes du “c’était mieux avant”, un passéisme qui parfois surgit chez des personnes jeunes, tant on leur a fait miroité un passé en or.

Et cette nostalgie ne pouvait qu’être accompagnée par les accordéons et pianos mélancoliques du jeune compositeur Yann Thiersen que La Croix qualifera de “véritables courts métrages sonores”.
La principale passion qui rassemble autour du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain c’est donc le peuple, le fait d’en parler et de le montrer au naturel. Et c’est bien entendu ce que vont exploiter les hommes et femmes politiques à la sortie du film car comme l’indique Didier Peron “Les élus de droite comme de gauche courent voir cette fable optimiste dans laquelle la France se reconnaît”.

Et si tout le monde arrive à se reconnaître dans ce film c’est parce que Jean-Pierre Jeunet l’a construit comme un foisonnement et que le film “est dépourvu de ligne narrative ou plutôt il en a plusieurs”. C’est grâce à cela qu’il peut se permettre une grande multiplicité des personnages secondaires, qu’il a choisit avec minutie parmi de grands acteurs : Dominique Pinon, Rufus, Yolande Moreau… afin qu’ils aient tous une identité et un caractère remarquable.

Ces personnages ont un background extrêmement bien travaillé ce qui leur permet d’avoir plein de petites manies. Chaque spectateur peut alors retrouver dans ces manies des toc qu’il a lui aussi, dont il a parfois un peu honte, mais qui cette fois-ci sont représentés sur un grand écran. C’est en cela que le film s’adresse au peuple, car Jean-Pierre Jeunet a su tirer des infimes détails des français, et c’est là qu’ils se sentent touchés. Jean-Pierre Jeunet touche à l’être humain au particulier et pas au général, et cette forme individualisme lui sera vivement reprochée par la critique adverse.

Une controverse à propos du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain était inévitable tant les critiques hyper positives ont abondé : “la critique a déroulé un tapis de fleur presque sans épine” . Cette polémique lancée par David Martin-Castelnau et Guillaume Bigot porte directement sur le sujet du film : le peuple. Et si les critiques de Technikart et le jury de sélection du festival de Cannes discréditent le film, c’est d’après eux parce que “la vulgate des “élites” françaises diffuse un mépris teinté de crainte pour les habitants de ce pays”. Seulement il est intéressant de remarquer comment va évoluer cette controverse et d’y interpréter le rôle fondamental que va avoir Serge Kaganski.

Pour David Martin-Castelnau et Guillaume Bigot Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain est indéniablement un film qui parle du peuple “La force de ce film qui déplaît à l’élite bien-pensante : ses “petites gens” très crédibles” et qui déplairait aux élites car ces “petites gens ressurgissent transfigurées et crédibles!”. Pour eux, “le peuple dépeint sans sarcasme ni condamnation? Inadmissible scénario”.

Il semblerait d’ores et déjà qu’ils aient fait un léger amalgame des critiques qui ne louaient pas le film de Jean-Pierre Jeunet, et même qu’ils en aient détourné le sens. Le problème majeur pour David Martin-Castelnau et Guillaume Bigot, c’est qu’ils se sont reconnus dans ce film, la reconnaissance en étant un des principes fondateurs “on se mire avec plaisir, insouciance et espérance”, et qu’ils n’apprécient guère d’être assimilés au “pays médiocre au lourd passé de collabo” qu’ils citent eux-même dans le début de leur article.
C’est à ce moment là qu’entre en scène Serge Kaganski, journaliste, chroniquer rock et critique de cinéma, notamment dans les Inrockuptibles où il occupe aussi le poste de rédacteur en chef adjoint en 2001. Dans son article, Serge Kaganski va tout d’abord énoncer tout ce qui lui déplaît dans le film de Jean-Pierre Jeunet, en commençant par l’esthétique originale du film “Jeunet est plutôt un virtuose du visuel qu’un cinéaste”, puis il s’attaque  aux personnages “marionnettes réductibles à un seul trait de caractère bien surligné” et à la mise en scène “scène gadget meublées par des silhouettes caricaturales”.  Puis il réutilisera tout ce qui fait que le film “est bien” pour certains, “il regarde surtout le peuple avec sentimentalisme et nostalgie réductrice”.

Tous ces critères ne défraient pas la chronique quant à une critique de cinéma, il s’agit du goût cinématographique qui s’exprime, et bien souvent un critique est en contradiction avec un autre.

Là où les choses s’enveniment, c’est lorsque qu’il se place dans une position purement oppositionnelle, comme l’entend Stuart Hall, avec une interprétation de résistance à un degré maximal. Dans de nombreux articles, Jean-Pierre Jeunet indique qu’il créé un Paris, que son film appartient plus au genre du conte qu’à celui de la fiction réaliste, et les spectateurs et critiques l’acceptent en tant que tel. Bien à lui alors d’y mettre ce qu’il veut dans son conte, car de toute manière, il n’y parle pas du vrai Paris, mais d’un espace hors du temps (on y évoque même le réalisme poétique!). Serge Kaganski affirmera alors “Que Jeunet regarde le peuple avec sympathie, certes, mais exclusivement le peuple montmarto-rétro-franco-franchouillard. Que le Paris de Jeunet est soigneusement “nettoyé” de toute sa polysémie ethnique, sociale, sexuelle et culturelle. Que l’Autre est aimable et présentable quand il est lointain.” la phrase d’accroche de l’article étant “Si Le Pen cherchait un clip pour promouvoir sa vision du peuple et son idée de la France, “Amélie Poulain” serait le candidat idéal”.
Il est clair que Serge Kaganski a poussé son opposition sur Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain beaucoup trop loin. Il s’est fait prendre dans une sorte de spirale de la surenchère pour aboutir à une énormité scandaleuse. Mais là où ça devient intéressant, c’est lorsqu’on lit les déclarations des internautes qui adhèrent complètement à l’idée de M. Kaganski, dans l’article du 12/06/2001 des Inrockuptibles en écrivant qu’il s’agit bien d’un “poujadisme rampant” par Rabah, étudiant en sociologie et en journalisme. Le poujadisme étant le mouvement politique et syndical créé par Pierre Poujade dans les années 50 et dans la lignée duquel s’inscrit le Front National de Jean-Marie Le Pen.

Alors que dans ce même article, Serge Kaganski revenait sur ses propos qui ont déclenché cette folle polémique dans les médias, en précisant que “si c’était à refaire, le ton serait moins acerbe, et j’ôterais le dernier paragraphe : la référence à Le Pen était sans doute une grosse bourde de ma part”.

Il est fort probable que sans la mention du Front National dans son “Rebonds”, l’article de Serge Kaganski serait passé plus discrètement. En effet, en 2001 nous sommes à un moment délicat de l’histoire de la politique française, où le Front National prend insidieusement de l’ampleur alors que le parti était quasiment absent depuis sa scission en 1998. On peut donc penser que le Front National était un sujet tabou car on le savait monter en puissance, et que le premier tour des élections de 2002 sera la consécration de cette montée en puissance, vu que pour la première fois, le Front National passera au second tour des présidentielles.
Le Canard enchaîné réagira à la remarque de Serge Kaganski par “Quand les Inrocks défendent le jeune cinéma français, genre Olivier Assayas, se mettent-ils à compter le nombre de blacks sur l’écran? Est-il interdit au cinéma de s’affranchir de la sociologie? Ou faut-il lui imposer des quotas?” ce qui enfonce le clou en matière d’opposition entre cinéma intellectuel des auteurs, et cinéma populaire à la Jean-Pierre Jeunet.

Et à Charlie Hebdo de donner son avis en réfutant Kaganski et Le Canard Enchaîné afin  d’assener qu’“Amélie-bric-à-brac est un film radical-socialiste. Ce n’est pas un hasard si Jospin, Chirac et leurs entourages l’ont a-do-ré. Vox populi oblige! Il y ont vu les Français comme ils voudraient qu’ils soient : gentils, nostalgiques, chacun dans son coin avec ses petites manies passéistes et soumis”. Comme quoi parler du peuple en France est encore loin de faire l’unanimité.
Néanmoins, outre la controverse amenée par le virulent Serge Kaganski, d’autres critique ont trouvé des défauts au Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, notamment le parti pris esthétique du film, qualifié de “publicitaire” par Philippe Lançon qui commence d’abord par “bluette rusée, sentimentale et publicitaire”, continue avec “Le film donne l’impression de prolonger les pubs qui ont précédé et d’annoncer celles qui la suivront” et finit par “ce sont des caricatures stylisées comme on en voit dans toutes bonne réclame et comme, à force de vivre de pub et d’images, on finit par voir les autres”.

L’article de Télérama du 25/04/2001 illustre bien la divergence d’opinions pour différents éléments cinématographiques. Là où Loiseau admire la façon dont “il compose ses plans avec une minutie maniaque, travaille lumière et cadre au summum de l’artifice”, Gorin souligne “cet écoeurement qui vous gagne après griserie passagère, cette candeur confite, cette hypersophistication du bricolage, ce confinement de maison de poupée…”
Aussi, Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain a été vendu à travers la terre, et notamment aux États-Unis qui l’a intitulé Amelie from Montmartre. Le film, fait pour plaire aux étrangers pour son aspect “carte postale qui vend du bonheur franco-français” n’a pourtant pas fin l’unanimité outre-Atlantique, notamment pour Kenneth Turan qui reproche “un manque de douceur authentique” et considère qu’“un courant mesquin traverse le film” et les journalistes rappelleront qu’une petite controverse est aussi née aux États-Unis où les critiques ont désigné le film comme étant un “EuroDisney à Montmartre” ou du “cinéma pâtisserie”.

Comme quoi, la France idéalisée de Jean-Pierre Jeunet était peut être dans le too much comme le disent les britanniques, si bien que sa vocation première à l’étranger, faire rêver d’une France idyllique, n’a pas fonctionné pleinement.

On peut aussi se rendre compte que la controverse américaine est bien loin de celle qui a animé la France par le biais de Serge Kaganski. Comme quoi, il s’agissait d’un combat d’idée qui n’aurait pu que naître dans ce contexte précis de l’histoire de la politique, et en France.
Le succès du Fabuleux Destin d’Amélie Poulain n’est pas un mystère, comme se plaisent à croire certains fans. Il s’agit bel et bien d’une recette intelligente, Jean-Michel Frodon a su la repérer, pour marier savamment des petits instants, avec un soupçon de recyclage comme le démontre longuement Vincent Ostria. C’est cela qui a entraîné une controverse et diverses appropriations du film et de son propos. Le film a une valeur de manifeste par sa quasi-unanimité, et c’est cela qui a affolé et enflammé les critiques.

Coup de cromi par Manzano

 

 

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